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Vingt années que j’observe ces gens de passage. Le bonheur, la tristesse, la colère, la honte, l’envie… toute une foule d’êtres sensibles qui se bousculent à tour de rôle au portillon. S’appropriant les lieux, saccageant parfois ma maison, laissant place à d’autres locataires plus discrets mais toujours bien présents. Après temps d’année en leur présence, j’ai décidé un jour de vivre sans eux, de tous les mettre à la porte. Certains plus insistants que d’autres ont tout de même décidé de rester. Je les ai alors observés, étudiés de près afin de les connaître. Apprendre leurs habitudes, leurs faiblesses et leurs forces afin de pouvoir les traquer, rester vigilante, à l’affût de leurs moindres mouvements.

Après une quinzaine d’année d’observation, j’ai enfin obtenu la paix. Enfin seule ! Quel bonheur d’être chez Soi. Quatre heures de pur silence. Un sentiment d’infinitude et de complétude que la joie seule peut vous procurer. Être là et voir l’autre pour la première fois. Ressentir, goûter, respirer ! Se laisser porter par le rythme unique de ses respirations. Se ressentir vague dans un océan de lumière.

Un instant de paix, amour et joie inconditionnelle qui fut interrompu par un être de passage. La plupart du temps, ils ne font que passer devant ma fenêtre, me faisant signe pour les laisser entrer. Mais je connais aujourd’hui leur ruse, la sensation de leur présence. Je leur souris, et ils passent simplement leur chemin.

Ma solitude se faisant de plus en plus présente, j’ai cependant le sentiment aujourd’hui qu’ils redoublent d’efforts pour trouver un moyen d’entrer, utilisant les vieux schémas de ma maison pour débusquer une porte secrète. J’ai un message pour vous aujourd’hui : « A vous tous, Bonheur, Tristesse, Colère, Honte, Envie et Peur. Je vous ai vus, connus et expérimentés. Merci de m’avoir accompagnée durant toutes ces années. Merci de m’avoir tant appris sur moi-même. Merci de m’avoir protégée et guidée. Vous pouvez partir aujourd’hui. Je sais qui Je suis, et je n’ai plus besoin de vous. Namaste ».

Texte inspiré du  mystique musulman persan Djalâl-od-Dîn Rûmî, du même titre “L’être humain est une auberge”., extrait de The Essential Rumi, traduction française de Claude Farni.